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MA PLUS BELLE VICTOIRE !!
 Cela faisait des années que je courais après une victoire par équipe au championnat du monde ! Maintenant c’est fait et je suis d’autant plus heureuse que nous l’avons remporté à domicile, devant notre public et après des mois de préparation intensive. Quoi qu’il arrive dans le futur, je sais que ce championnat restera pour moi un souvenir inoubliable !
Cette année le championnat du monde féminin avait lieu en Hongrie, à Szolnok (une ville à 100 km de Budapest) dans un bras mort de la deuxième rivière la plus importante du pays, la Tisza. Inutile de dire que je l’ai préparé comme jamais !! Pour cela, j’ai intégrée le club de Szolnok et je me suis rendu dès que possible sur le parcours, aussi bien pour des entraînements avec d’autres membres de l’équipe, que seule avec Nicolas ou lors de concours officiels. Mon premier rendez-vous important était le championnat individuel de Hongrie en mai dernier. Normalement cette épreuve se déroule en juillet, mais nous avons décidés de l’avancer de manière à sélectionner les pêcheuses le plus tôt possible et pouvoir ensuite travailler ensemble. Pour ma part, j’ai abordée ce championnat comme un véritable entraînement grandeur nature. Le résultat n’était pas aussi important que ça et j’ai surtout effectué pas mal d’essais aussi bien en matière d’esches que d’amorce ou de distance de pêche. Au bout de deux manches, j’étais toutefois en mesure de l’emporter, puisque j’étais en tête avec deux points à égalité avec une autre pêcheuse. La dernière manche s’est néanmoins moins bien passé : avec Nicolas nous avons fait un mauvais choix tactique en cours de pêche et je perds un point très important pour seulement 10 g ! Je termine 4e de cette dernière manche et 3e en individuel. Mais le plus important, c’est que cela me permet d’être qualifiée et titulaire pour le championnat du monde.
 Livia termine troisième au championnat de Hongrie individuel
Entre mai et juin, je continue à m’entraîner régulièrement avec l’équipe de Szolnok pour le championnat de Hongrie des Clubs. Normalement, je devais être remplaçante, mais comme je réalise de bons résultats lors des différents concours sur le parcours, le capitaine décide finalement de me faire pêcher. Je suis particulièrement heureuse, car il est rare qu’une femme soit titularisée dans un championnat mixte de cette importance ! Je vais donc avoir le plaisir de me confronter aux meilleurs pêcheurs du pays comme Tamas Walter, Magyar Szilard ou Attila Erdei. Mais une fois de plus le titre m’échappe de peu ! En effet, à l’issue des deux jours, nous terminons à égalité de points avec l’équipe Shimano, mais nous sommes battus au poids ! Le pire, c’est que dans deux secteurs, nos pêcheurs sont battu de seulement 10 g ! Je suis bien sûr contente de cette médaille d’argent, mais c’est vraiment dommage car seule l’équipe qui remporte le titre peut représenter la Hongrie au championnat du monde des clubs. L’an prochain, il aura lieu en Slovaquie, à Madunice, un parcours que nous autres Hongrois connaissons très bien puisque notre équipe nationale y a remporté le titre mondial en 2003 ! En tout cas, cela me confirme une nouvelle fois que la pêche à Szolnok est très régulière et que les scores risquent d’être très serrés. Le moindre poisson compte et il nous faudra être particulièrement attentifs pendant le championnat du monde féminin !

Avec son Club de Szolnok, Livia termine 2e du championnat de Hongrie
Pendant les semaines suivantes, je continue à me rendre régulièrement sur le parcours avec Nicolas et nous passons même deux jours à sonder chaque place pour établir ensuite sur ordinateur un profil des fonds. Il y a en effet de grosses différences de fond sur le parcours : sur certaines places, la profondeur à 11,50 m n’atteint que 2 m tandis que sur d’autres elle peut dépasser 3,80 m. Comme vous allez le voir, c’est un élément qui va se révéler déterminant dans la stratégie de pêche de notre équipe. En attendant, nous effectuons une dernière séance d’entrainement de 5 jours avec toute l’équipe et les capitaines à la fin du mois de juillet, juste avant la fermeture officielle du parcours.

Livia et Nicolas ont sondé avec précision toutes les places du parcours pour établir ensuite sur ordinateur des plans du profil des fonds très précis
Pour 2008, la fédération a décidé de changer de capitanat. Nous avons désormais deux capitaines de très grande expérience : Tibor Ambrus (membre de l’équipe nationale et médaillé de bronze en individuel au championnat du monde 2004) et Tamas Walter (inutile de présenter le double champion du monde individuel). L’ambiance et surtout la préparation s’en est trouvée nettement améliorée. Je dois dire que nous avons préparé ce championnat d’une manière très professionnelle que je n’avais jamais vue auparavant ! Lors des entrainements, chaque pêcheuse savait exactement ce qu’elle devait faire et essayer puis nous avions des réunions de une à deux heures chaque jour où chacun pouvait faire part de ses commentaires avant que les capitaines en tirent leurs conclusions personnelles. Nous avons aussi beaucoup été aidés par nos accompagnateurs également très expérimentés. Nicolas bien sûr pour ma part, mais aussi Karoly Schäffer (vice champion du monde individuel en 2003) dont la femme pêche dans l’équipe nationale. Le mari de la pêcheuse remplaçante nous a également été très précieux : étant ingénieur, il s’est occupé de mettre sur ordinateur les différents éléments techniques, les résultats de chaque entraînement avec le nombre et la moyenne de poids des prises, les plans des fonds, les fiches de suivi de chaque pêcheuse pour l’épreuve, etc. Vraiment tout le monde s’est donné à fond !

 Avec le changement de capitaine et l'arrivée de Tibor Ambrus et Tamas Walter, l'équipe de Hongrie est devenue beaucoup plus professionnelle dans sa préparation

Elle est pas belle l'équipe de Hongrie ?!
Le parcours de Szolnok est riche en trois principales espèces de poissons : plaquettes, poissons-chats et ablettes. Toute la difficulté est de savoir quelle espèce il vaut mieux pêcher car les scores sont toujours serrés et, selon les jours, l’une ou l’autre espèce peut dominer. C’est d’autant plus vrai que nous avons établi avant le début des entraînements que les poissons-chats pèsent en moyenne 20 g, les ablettes 8 g et les plaquettes 40 g. Autre difficulté technique, les fonds variables et la pente plus ou moins importante. Après tous nos entraînements, nous étions confiantes mais, pour nous, il y avait encore une autre inconnue : que deviendrait le parcours après une semaine d’amorçage ? Est-ce que les poissons-chats seraient plus nombreux ou, au contraire, seraient-ils gavés ? Nous avons donc décidés de nous entraîner normalement pendant les deux premiers jours, puis de décider notre stratégie seulement le mercredi ou le jeudi.

Le parcours établi sur un bras mort de la rivière Tisza a été spécialement aménagé pour accueillir les compétitions de pêche
Rapidement, nous nous sommes rendus compte que, mis à part les italiennes, les autres équipes n’arrivaient pas vraiment à prendre les plaquettes. Il est vrai que lorsqu’on ne connaît pas parfaitement le parcours, c’est assez compliqué ! Dès le mercredi, nous savions que Françaises et Anglaises allez tout miser sur les poissons-chats. C’était un choix d’autant plus logique que les poissons-chats étaient de plus en plus nombreux et, surtout, de plus en plus gros. La moyenne n’était plus de 20 g , mais près de 30 g. L’avantage de pêcher les plaquettes devenait donc moins significatif. C’est la raison pour laquelle nous avons finalement décidé d’une stratégie mixte : miser sur les plaquettes, mais avec la possibilité à tout moment de se rabattre sur les chats. En commun accord avec les capitaines, seule une pêcheuse de l’équipe a décidé de tous miser sur les chats. Elle ne se sentait pas vraiment à l’aise sur la pêche de plaquette et, comme c’est une pêcheuse très rapide, nous étions certaines qu’elle réaliserait un bon résultat de cette manière. Notre stratégie était la suivante : préparer 6 litres d’amorce riche et collante chargée d’asticots congelés, de vers coupés et d’un peu de maïs pour les chats, et 11 litres de terre de Somme pure avec la totalité du fouillis (1/2 litre seulement) et 1/2 litre de casters pour les plaquettes.

Pour bloquer les poissons-chats au large, les Hongroises ont utilisé une amorce riche et collante chargée en asticots et vers coupés
Le secret consistait à amorcer deux coups différents, mais très près les uns des autres. Pour cela, il fallait connaître parfaitement le profil des fonds, car nous avions déterminées que les poissons (en particulier les plaquettes, mais aussi les plus beaux chats) se trouvaient dans un fond moyen de 2,60 m. En dessous de 2,40 m ou au-delà de 3 m, les poissons étaient plus petits et moins nombreux. La distance de pêche était donc déterminée par cette profondeur idéale : cela voulait dire que selon les places il faudrait pêcher entre 7,5 m et 11,50 m. Une fois la distance de pêche déterminée, il fallait trouver la zone la plus en pente possible ! Je sais que ça peut paraître très bizarre car on recherche en général une zone plate pour amorcer, mais là, il fallait faire tout l’inverse ! Le profil idéal, c’était d’avoir une différence d’environ un flotteur (20 à 25 cm) sur une distance de seulement 50 à 60 cm. Ensuite, nous jetions l’amorce en bout de scion puis nous pêchions uniquement au rappel avec la terre de Somme pure en retrait de 50 cm. De cette manière, les chats restaient bloqués sur le tas d’amorce et nous pouvions prendre les plaquettes sur le rappel à la terre. En cours de pêche, il arrivait que les chats finissent tout de même par venir sur notre rappel. Dans ce cas, nous avions déterminé que dès lors que nous prenions plus de trois chats de suite sans plaquette, il était temps de rappeler en jetant cinq boulettes d’amorce au large pour inciter les chats à repartir plus loin. Comme vous pouvez le voir, c’était une tactique très élaborée, mais qui demandait aussi beaucoup de précision, car si quelques boulettes de rappel étaient un peu trop longues, alors les chats risquaient immédiatement de remonter sur le coup à plaquettes !

Pour les plaquettes, la recette d'amorce était simple : c'était uniquement de la terre de Somme !!
En ce qui concerne les lignes, il n’y avait rien de spécial, mais il fallait tout de même utiliser des flotteurs stables et surtout très sensibles pour les plaquettes qui faisaient pas mal de touches en relevé. J’ai donc opté pour des Milo Sancho de 0,8 à 1,5 g pour les plaquettes et des Perfect Carbon Red et Milo Valérie de 2 à 4 g pour les chats. Les hameçons étaient des Drennan fine match n° 18 pour les plaquettes, des Milo P 116 n° 16 pour les chats. Notre stratégie était dans tous les cas de pêcher pour les plaquettes dans la première heure, car les chats étaient alors moins nombreux et de plus petite taille, puis de choisir ensuite entre plaquettes et chats en fonction de la situation de chacune. Dans tous les cas, l’objectif était de prendre tous environ 150 à 160 poissons pour un poids moyen de 5,5 kg.

Livia a utilisée des flotteurs trapus mais très sensibles
Le vendredi soir, nous connaissons nos secteurs. J’hérite du E et grâce au plan des fonds, je sais que si je tire une place du n° 1 au 6, je suis dans la partie la plus profonde du parcours. Ensuite le fond remonte progressivement jusqu’au n° 16. Mais le vendredi soir, c’est surtout la météo qui nous pose problème ! Depuis une semaine, le thermomètre flirte avec les 40 °, mais une brusque chute des températures s’annonce pile pour samedi ! Le mercure doit tomber de 15° en seulement une nuit et de fortes bourrasques de vent son annoncées. Nous nous posons tous la question de savoir quelle influence cela pourra avoir sur la pêche des plaquettes, car pour ce qui concerne les chats, nous pensons que cela n’aura aucune influence. Lors de notre réunion du vendredi soir, nous discutons très longtemps sur la stratégie à adopter. Pour deux pêcheuses placées dans les secteurs moins profonds cela ne change pas grand-chose. En revanche pour deux autres pêcheuses et moi qui risquons de tomber dans des zones plus profondes, le choix est plus compliqué. Finalement, les capitaines décident de jouer la prudence : si je tombe dans une zone très profonde, je ne pêcherai pas à 7 ou 8 m comme prévu mais plus loin. Ainsi, si les plaquettes regagnent une zone plus profonde à cause de la brusque baisse de température nous ne serons pas pris au dépourvu. Le lendemain, j’hérite finalement du n° 6, donc dans la partie profonde et, selon les consignes, je décide donc d’amorcer mon coup à chat à 10,50 m et celui à plaquettes à 10 m. Le démarrage se place plutôt bien avec 54 poissons dans la première heure sur le coup au rappel à la terre, mais les plaquettes sont beaucoup plus petites que prévu. Mes concurrentes commençant à prendre de plus en plus de chats, je me décide donc à faire de même mais, là encore les poissons ne sont pas bien gros. Je continue donc à alterner entre les deux coups et, même si je prends une plaquette d’environ 200 g en début de deuxième heure, la moyenne de taille de mes poissons est trop faible pour que j’espère jouer les premières places. Visiblement, le changement de météo n’a en rien influencé le comportement des poissons et je pêche tout simplement trop loin. Mais ce n’est pas grave, les infos des autres secteurs sont assez rassurants pour l’équipe et c’est ce qui importe le plus. Les deux pêcheuses dans les zones les moins profondes gagnent leurs secteurs, deux autres sont 4e et moi 5e avec environ 150 poissons pour 4,4 kg. Avec 15 points, nous sommes en tête avec 3 points d’avance sur les italiennes et déjà 7 points sur les Françaises et les Anglaises. C’est bien parti, d’autant que pour la deuxième manche, nous n’avons plus de question de météo à nous poser : nous allons tous pêcher comme nous l’avions déterminé au départ, c'est-à-dire dans notre zone des 2,60 m.

La brusque baisse de la température entre le vendredi et le samedi incite les Hongroises a pêcher un peu plus loin que prévu. Cela leur coûte des points, mais elles virent tout de même en tête à l'issue de la première journée
Pour cette seconde manche j’hérite du n° 4 dans le secteur D. Cette fois, je suis dans la zone la moins profonde du secteur, tandis que Française, Italienne et Anglaise sont dans la partie la plus profonde. Après avoir consulté mon plan des fonds et sondé avec précaution, je trouve une zone idéale à 10,50 m et 10 m. Cette fois encore les plaquettes répondent immédiatement au rappel et sont bien dans la moyenne des 40 g. Au bout de 40 minutes, j’ai toutefois un brusque ralentissement des touches et je me demande s’il n’est pas temps de me mettre au poisson-chat. En fait, je ne tarde pas à comprendre pourquoi les plaquettes ont disparu. Je pique un très gros poisson (sans doute un amour argenté, nombreux sur ce parcours) qui casse facilement mon bas de ligne en 9/°°. Ensuite, le rythme des touches reprend de manière normale. Tout se passe assez bien pour moi, mais aussi pour l’équipe et après seulement deux heures de pêche, nous savons que nous sommes quasi certaines de l’emporter. Je termine la dernière heure en pêchant le chat venu en nombre même sur le coup à plaquette et termine cette fois 2e du secteur avec 5,400 kg et de nouveau un peu plus de 150 poissons. Nous terminons cette manche avec seulement 10 points à 5 pêcheuses et remportons donc le titre mondial avec une avance confortable sur l’Italie, la France et l’Angleterre qui se tiennent dans un mouchoir de poche.

Pour être bien classée, il fallait prendre entre 150 et 200 poissons !

A l'image de Livia, l'équipe de Hongrie domine largement la seconde manche
En individuelle, c’est Emma Pickering (la fille de Tom, le capitaine de l’équipe d’Angleterre, lui-même déjà champion du monde !) qui l’emporte, devant Valérie Nadan et ma coéquipière Noémi Devecseriné. Elles ont toutes 3 points et sont départagées au poids : il y a seulement 1,5 kg de différence entre la 1re et la 3e ! En tout cas, elles ont toutes réalisées de superbes performances en pêchant à chaque manche plus de 200 poissons-chats !

La nouvelle championne du monde est Emma Pickering, immédiatement chaleureusement félicitée par son père !

Un bon bain pour fêter la victoire !!

Les trois premières en individuel se tiennent en un mouchoir de poche !
Je ne suis peut-être pas objective, mais je pense que ce championnat restera dans toutes les mémoires : comme l’a dit le président de la fédération internationale lors de la cérémonie de clôture, le parcours était en effet sans doute l’un des meilleurs que nous ayons jamais eu pour un championnat du monde féminin ! Les poissons étaient très nombreux et, malgré les différences de fond il était possible de gagner absolument partout. Même le banquet de clôture a été vraiment fabuleux et nous avons toutes dansées jusqu’au bout de la nuit ! Vivement l’an prochain ! Le championnat du monde aura lieu en Italie et les Italiennes seront sûrement très difficiles à battre chez elles, d’autant que le parcours se situe à quelques kilomètres seulement de chez Simona Pollastri, la pêcheuse la plus titrée du pays. En attendant, les championnes du monde, c’est nous !

LA VICTOIRE DE TOUTE UNE EQUIPE !!!!
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